Mais vous ne verrez jamais vous, le regard qu'il avait lorsqu'il le posait sur moi, ça façon de m'enlacer, ses yeux qui scintillaient comme des étoiles. Vous ne le verrez jamais tout ça parce que vous ne savez pas. Il n'y a que moi qui sait. Et il n'y aura que moi qui ne saura jamais que tout ça. Je l'ai scellé à double tour et j'ai jeté la clé pour que personne ne puisse pénétrer dans ce qui me ferait sombrer. Vous savez, j'ai perdu la partie depuis cinq ans maintenant. C'est finit. Il n'y a plus d'issue à présent. Comment peut-on voler sans ailes ? Comment peut-on vivre sans oxygène ? Comment peut-on ne pas couler sans bouée de sauvetage pour nous rattraper ? J'essaie de sortir de ce naufrage mais rien n'y fait. Mon coeur m'a lâchée, mes organes m'ont lâchée, et ma vie me lâchera un jour ou l'autre. Je garde quand même ancré au fond de moi ces espoirs incertains que les noeuds se dénouerons, que ça ira, que je pourrai totalement revenir à la vie. Je continue, je veux accepter et me dire : il est partit. Mais je reste incessamment dans ce cauchemar où je suis prise au piège. Ca fait mal vous savez ? J'ai du mal à vivre, j'ai sans cesse le coeur au bord des lèvres, un dégueulement de sentiments qui ne demande qu'à sortir. Je ne sais pas ce qui les a poussé à l'arracher à moi. J'aimerais qu'il m'aide. Je ne sais pas comment on fait moi, quand on n'a plus toute sa tête. J'ai l'impression que le temps file entre mes doigts. Que les mots m'échappent. Que ma piètre vie s'engouffre au fond d'un trou. Je suis au point mort. C'est comme appuyer sur le bouton du rez de chaussé dans un ascenseur et de rester au même endroit. Je stagne. Je divague. J'ai essayé vous savez, j'ai voulu reconstruire mon coeur mais je n'ai pas réussis, c'était trop cassé. Je n'ai plus de sens à rien, pour rien. Les lumières sont éteintes depuis qu'il fait tout le temps nuit sur lui. J'ai perdu toutes mes raisons, je ne me sens plus rien. D'ailleurs, je ne me reconnais même plus devant ce foutu miroir. Je ne suis plus la petite fille qu'il a connu, non, j'ai changé : les yeux cernés, les mains plus fragiles que la veille, la blaie béante du coeur qui saigne encore et toujours, cette pourriture ancré dans mon corps... Et je crève chaque jour un peu plus, la tête martelée à coups de regrets. Je garde ces images dans la tête, comme pour ne pas oublier qu'il a été là. Et puis maintenant j'écris, envers et contre tout. J'écris toujours. Ca n'a parfois plus de sens, mais j'écris avant que tout ne s'éfface, que j'oublie. Vite, vite, vite. J'écris pour essayer de garder le passé au creux de mes bras mais il m'échappe. Je lui crie de ne pas partir, je veux qu'il reste puisque le présent n'a pas de raisons d'exister. Je m'inonde tant que je peux de souvenirs qui me font encore plus chavirer le coeur, je tente vainement de m'occuper en faisant tout et n'importe quoi mais la seule chose qu'il me reste c'est cette phrase : "Marion, c'est trop tard maintenant". La corde s'éffrite, elle menace de craquer. Et même si on ne voit pas la cassure, elle est bel et bien là, sachant pertinemment qu'un jour elle craquera et que ce sera la fin... Je ne peux pas me permettre de finir tout ça par un connard de point final égoïste qui me mettra à nouveau sur terre, qui me remémorera que c'est la fin de son existence à lui, mon père. Je n'arrive putainement pas à le mettre ce point final sachant pertinemment que je resterai perdue, que le plafond et les murs continueront de s'avancer lentement vers moi, prêts à m'étouffer, que je ne pourrai toujours pas me regarder dans une vitre sans y voir son image et avoir envie de la fracasser tant je regrette. On a toujours tendance à faire des erreurs, surtout celle de croire que le bonheur va rester. Mais parfois ça nous tombe sur la gueule d'un coup et on se rend compte que le bonheur est partit, qu'on ne sait plus ce que ça fait d'être heureux, de planer, de se sentir léger. Alors je vais finalement mettre des points de suspension à ce texte pour qu'il n'ait jamais de fin...